À la rencontre
de
Cosette Paris

Toile Paris-PAM de Cosette Paris, motifs inspirés de Victor Hugo et de Pont-à-Mousson, imprimée par Up'Textile
Cosette Hussenot, créatrice de Cosette Paris
Détail de la toile Cosette Paris : corne d'abondance et motifs dorés sur fond bleu

Cosette Hussenot porte le prénom de l’héroïne des Misérables. À l’heure de la retraite, elle en a fait une marque. Installée à Maidières, près de Pont-à-Mousson, elle dessine elle-même ses tissus, réinterprétation graphique de l’œuvre de Victor Hugo et du patrimoine mussipontain et parisien, puis confie la confection de ses créations aux couturières de l’ESAT du Val de Lorraine. Repose-nuque, cabas, organiseurs de valise : des objets du quotidien, haut de gamme et made in France. Partons à la rencontre d’une femme qui a transformé un prénom lourd à porter en symbole d’émancipation.

« Pouvez-vous nous raconter l'histoire de Cosette Paris ? »

Cosette, c’est mon vrai prénom. Mon papa était mineur de fond : il est descendu à la mine à 13 ans. Le décor aurait pu sortir de Germinal. Je crois que ma maman était très romantique quand elle a choisi mon prénom… Résultat : toute ma vie, j’ai porté avec lui l’histoire des Misérables de Victor Hugo.

J’en ai vite eu assez. Les hommes me lançaient : « Tu veux que je te porte ton seau ? Tu as l’air misérable. » Jusqu’à mes 30 ans, ce prénom a été difficile à porter, surtout là où j’ai grandi, à Creutzwald, près de la frontière allemande. Et puis j’avais un sacré caractère. Dès l’adolescence, je me suis construit mes propres valeurs. Le côté misérable, le côté minier, très peu pour moi : je voulais une vie de femme heureuse, épanouie, qui gagne sa vie.

J’ai eu une carrière longue et intense. Et ce prénom, j’ai fini par en faire un atout : dès qu’on parlait de Cosette, on savait tout de suite de qui il s’agissait !

Au moment de la retraite, deux facettes de moi cherchaient à s’exprimer. La structurée, celle des maths et de la physique. Et l’artiste, celle qui dessinait et jouait du piano. C’est un ami qui m’a soufflé l’idée : « Tu veux créer, faire de la couture ? Pourquoi tu n’appellerais pas ton entreprise Cosette ? »

J’ai vécu à Paris, ma fille y est née, et j’aime profondément le patrimoine architectural et culturel de la capitale. Celui de Pont-à-Mousson me tient tout autant à cœur : l’abbaye des Prémontrés, Saint-Gobain… Nous sommes d’ailleurs membres du Rotary de Pont-à-Mousson. J’ai donc déposé le nom Cosette Paris à l’INPI, qui l’a accepté à une condition : faire du made in France. Ça tombait bien, c’était mon projet depuis le début. Je voulais tout réaliser près de chez moi.

Et surtout, j’ai passé une grande partie de ma carrière auprès des travailleurs en situation de handicap, dans les ESAT. Je tenais absolument à les faire travailler.

Que racontent les dessins de votre tissu ?

Tout a commencé par le tissu. Je l’ai dessiné moi-même, motif par motif, en faisant évoluer les symboles les plus laborieux de l’histoire de Cosette vers des valeurs d’épanouissement.

La pièce sur laquelle Jean Valjean avait posé le pied est devenue une corne d’abondance. Le coquelicot, fleur des barricades, rappelle les combats d’une jeunesse sacrifiée, tombée au combat. Ces combats-là me parlent : j’ai souvent travaillé dans des milieux d’hommes, sur des postes d’hommes, et les femmes de ma génération ont dû se battre pour trouver leur place.

L’abbaye des Prémontrés a aussi son motif, une sorte de toile de Jouy du XXIᵉ siècle. On y trouve encore le Petit Palais, redessiné d’après la photo d’une amie, et une femme photographiée à l’abbaye, que j’ai réinterprétée selon mes nouveaux codes graphiques.

Ma toile est un trait d’union graphique. Elle réinterprète l’œuvre de Victor Hugo et relie ma vie parisienne, son côté artistique, à la culture de Pont-à-Mousson.

Sur quels produits déclinez-vous vos dessins ?

Chaque produit a été pensé dès le départ pour être cousu par les couturières de l’ESAT, qui ne sont pas formées au métier. Je les connais bien, après 25 ans à travailler avec des ESAT : j’ai donc imaginé des formes très simples.

Le premier, c’est le doudou de nuque nomade (c’est ainsi que je l’appelle), validé par un ami médecin. Tout petit, il s’accroche dans la voiture ou se pose sur le canapé pour bien caler la nuque.

Viennent ensuite les organiseurs de valise. Je voyage souvent, et les modèles bas de gamme en plastique qu’on trouve partout ne me convenaient pas : je voulais du beau. J’en ai donc créé des haut de gamme.

Enfin, les cabas : trois formats, de petits cabas, et le dernier-né, un cabas sac à dos. Toute la gamme existe en sept couleurs, sur le tissu Bornéo d’Up’Textile.

Quelles sont les valeurs de Cosette Paris ?

L’inclusion, d’abord, avec les ESAT : c’est essentiel pour moi. Puis le made in France, qui rejoint le patrimoine.

Et enfin l’épanouissement. Des Cosette, j’en ai croisé beaucoup dans ma vie. Pas des femmes qui portaient mon prénom, mais des femmes laborieuses, qui abattaient le travail sans qu’on les voie. Je le dis souvent : j’ai travaillé 20 % de plus que les hommes pour 20 % de salaire en moins. C’était la réalité. Beaucoup de ces femmes n’ont pas eu ma chance, ni mon répondant.

Avec Cosette Paris, je veux montrer que la petite Cosette, fille de mineur, peut faire de très belles choses. L’ascenseur social a fonctionné pour moi ; il devrait pouvoir fonctionner pour toutes les femmes et toutes les jeunes filles qui en ont envie.

Je n’ai jamais renoncé. J’ai toujours su imposer mon point de vue, professionnel, compétent et ferme, sans rien perdre de ma sensibilité ni de ma délicatesse. Cosette Paris est née de tout cela.

Organiseurs de valise Cosette Paris en tissu imprimé par Up'Textile
Cabas Cosette Paris en toile Paris-PAM verte
Cabas sac à dos Cosette Paris porté

Comment voyez-vous Cosette Paris dans cinq ans ?

Ma première toile s’appelle « Paris-PAM », pour Paris et Pont-à-Mousson. Dans cinq ans, j’en imagine une dizaine : une toile de Metz, une toile de Nancy…

La prochaine devrait s’appeler « Les Audacieuses ». Elle rendra hommage aux femmes qui osent, quel que soit leur métier : médecins, boulangères, dentistes… Dans le Cotentin, j’ai rencontré une femme extraordinaire, l’une des rares à produire ses propres poivres, avec une personnalité et un look incroyables. J’ai envie de la dessiner, et avec elle toutes ces femmes-là.

Je souhaite aussi que l’atelier que je construis fonctionne bien et fasse vivre correctement celles qui y travaillent. Nous l’avons lancé il y a six mois, et la monitrice et moi formons les couturières. J’ai créé des attestations de compétences, et deux couturières ont déjà reçu la leur : elles réalisent aujourd’hui l’un de mes produits en autonomie.

Et dans cinq ans, j’aimerais que Cosette Paris soit connue dans toute la France.

J’aimerais aussi amener certaines couturières jusqu’au CAP, en validant les modules un à un. J’ai aussi été ingénieure de formation à une époque : c’est un projet qui me tient particulièrement à cœur.

Si vous deviez décrire Cosette Paris en une phrase ?

J’ai écrit une accroche :

« Parce que chaque femme écrit et signe sa propre histoire. »

Comment avez-vous connu Up'Textile, et pourquoi nous avoir choisis ?

J’ai toujours aimé ce qu’il y a de mieux, alors j’ai cherché sur Internet. Pour nous qui vivons près de Pont-à-Mousson, les Vosges, c’est local : nous y allons sans cesse en randonnée, nous connaissons toutes les fermes-auberges, tous les refuges…

Quand je suis tombée sur vous et que j’ai vu votre travail, j’ai su tout de suite que c’était avec vous que je voulais travailler.

Où peut-on retrouver vos produits ?

Pour l’instant, mes créations se vendent très bien en vitrine à l’abbaye des Prémontrés, ainsi qu’à l’office de tourisme de Pont-à-Mousson.

Mon site, je le repousse depuis des mois : j’ai peur que les couturières ne soient pas prêtes et se retrouvent débordées si ça décolle. J’espère le lancer dans les semaines à venir. Je préfère prendre le temps de bien m’ancrer plutôt que de m’éparpiller.

Je ne suis pas encore prête pour la quantité. La qualité, la pièce unique, la personnalisation : ça, je sais faire. Autour de chez nous, d’ailleurs, je personnalise souvent. Quand une femme veut un objet (ce sont souvent des femmes), je lui dis : « Venez à la maison, choisissez la forme, la couleur. » J’ai plusieurs tailles, plusieurs coloris et plusieurs doublures.

Je cherche aussi des revendeurs, mais des revendeurs qui ont du sens, et qui me laissent la marge nécessaire pour rémunérer les couturières. Car faire du made in France, je l’ai découvert, c’est un vrai défi. Et c’est normal : notre qualité, notre protection sociale et notre niveau technique sont supérieurs à ce qui se fait ailleurs. Mais il faut s’accrocher.

Chez Cosette Paris, chaque objet raconte deux histoires : celle d’une petite fille de mineur qui a fait de son prénom une signature, et celle des couturières qui, au fil des mois, gagnent en compétences et en autonomie. Un projet qui réunit patrimoine, made in France et inclusion, trois valeurs qui nous sont chères.

Vous tenez une boutique, un lieu de patrimoine ou une entreprise, et l’univers de Cosette Paris vous parle ? Cosette Hussenot recherche des revendeurs engagés et personnalise ses objets sur demande, y compris pour les entreprises. Ses créations sont en vente à l’abbaye des Prémontrés, à l’office de tourisme de Pont-à-Mousson et sur son site internet : cosetteparis.fr.

Un immense merci à Cosette pour ce partage sincère et inspirant, et pour sa confiance pour la partie impression réalisée chez Up’Textile.

Vous avez un projet textile ?

Up’Textile imprime vos motifs sur tissu dans les Vosges, sans minimum de commande, et peut confectionner vos produits dans ses ateliers.

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