À la rencontre
de Anne Verborg
Artiste botanique et autrice : l’art du vivant au fil des pages et du textile.
On la surnomme « Anne de la Fleur ». Artiste botanique, autrice et éditrice, Anne Verborg réunit l’art, les mots et la nature à travers des créations singulières. Rien ne la prédestinait pourtant à cette vie de bohème engagée : fille d’entrepreneurs, elle suit d’abord la voie de la raison à travers de prestigieuses études (classe prépa, école de commerce, puis un MBA aux États-Unis) avant de mener une carrière internationale dans le marketing du luxe à New York. Pourtant, sa résilience face aux drames personnels qu’elle a traversés, sa soif de liberté et de reconnexion au réel et à la nature l’ont poussée à se réinventer : un diplôme d’art floral à la Parsons School of Design, un tour du monde à vélo et même un CAP pâtissier en poche, elle a tracé sa route en prenant des chemins de traverse.
Aujourd’hui installée au pied du Jura, face au lac Léman et aux Alpes de son enfance, elle peint les planches botaniques minutieuses qui illustrent ses livres de cuisine poétiques, déclinées ensuite en collections de papeterie. Ses œuvres s’invitent également dans nos intérieurs à travers une ligne de linge de maison (torchons, tabliers, coussins) que nous avons la fierté d’imprimer ici, au cœur des Vosges. Rencontre avec une artiste au parcours d’une rare intensité, qui a choisi de transformer les épreuves de la vie en une ode au vivant.
Anne, votre parcours est impressionnant et profondément atypique. Comment s'est-il construit ?
« Mon parcours est guidé par le fil conducteur de la création, du voyage et du vivant. Mais à l’origine, rien ne me prédestinait à devenir artiste. Petite, je rêvais de devenir pilote de ligne et j’ai d’ailleurs passé mon brevet de base à 15 ans ! J’aimais déjà les grands espaces et la liberté. Mes parents m’ont conseillé de faire d’abord de solides études. Je les ai écoutés : après une classe prépa et mon école de commerce en France et en Pologne, je suis partie décrocher un MBA à l’University of Notre Dame aux États-Unis.
C’est à New York que j’ai fait mes débuts professionnels dans le marketing pour de grandes maisons de luxe comme Lalique et Van Cleef & Arpels. J’ai profondément aimé ce monde de l’excellence, du savoir-faire et de l’artisanat d’art. Mon parcours a été tout sauf linéaire, mais à la manière du Petit Poucet, j’ai semé des cailloux à chaque étape. J’ai suivi un long chemin sinueux avant de me sentir enfin à ma place aujourd’hui. »
Qu'est-ce qui vous a fait passer du marketing dans le luxe aux fleurs ?
« Cette transition s’est faite progressivement. Elle reflète une profonde quête de sens provoquée par les soubresauts de l’histoire et de la vie. Alors que je travaillais à New York, j’ai vécu de très près les attentats du 11 septembre. Cet événement a agi comme un premier déclic brutal. Face à la fragilité de la vie, mes priorités ont basculé et j’ai éprouvé le besoin de me reconnecter au vivant. Avec mon mari, nous vivions dans un petit appartement mais avec une grande cour que j’ai transformée en une jungle fleurie. Jardiner et voir pousser mes plantes m’ont procuré une grande joie et offert un refuge rassurant. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me tourner vers les fleurs. J’ai suivi des cours du soir, obtenu mon diplôme d’art floral à la Parsons School of Design, puis j’ai rejoint l’équipe de Belle Fleur, une fleuriste de renom à New York, comme stagiaire… à presque 30 ans !
Avant de me consacrer pleinement à mon activité de fleuriste, j’ai repris des fonctions en entreprise, le temps de financer et concrétiser un projet un peu fou : un tour du monde à vélo avec mon mari pendant un an. Ce voyage au long cours a définitivement ancré mon amour de la liberté, du temps lent, des grands espaces, de la terre et de la simplicité. »
Comment s'est développée votre activité de fleuriste par la suite ?
« Après ce tour du monde à vélo, nous nous sommes installés à Londres. Je me suis lancée comme fleuriste indépendante et l’activité a rapidement décollé auprès d’une clientèle très exclusive. Rapidement, j’ai participé à des photoshoots et mes bouquets se sont retrouvés sur la couverture de magazines de mariage et j’ai même eu l’honneur d’être nommée dans le prestigieux Louis Vuitton City Guide de Londres.
Mais la vie m’a de nouveau rappelé à quel point elle est précieuse et fragile. Le 7 juillet 2005, j’étais dans la rame de métro d’Edgware Road visée par les attentats de Londres. Quelques mois plus tard, le deuil a frappé ma famille de plein fouet avec la perte accidentelle de mon beau-frère dans une avalanche. Après le 11 septembre à New York, frôler la mort à répétition m’a profondément marquée et poussée à m’interroger sur le sens de notre existence alors même que j’étais enceinte de mon premier fils.
Deux ans plus tard, nous avons décidé de nous rapprocher de nos familles à la naissance de notre fille. À notre retour dans la région de Genève, j’ai monté mon entreprise pour gérer des événements de grande envergure et concevoir des décors floraux pour des mariages VIP et le Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH). C’était un travail d’une exigence absolue. La pression était immense et le caractère éphémère de ces décors luxueux renforçait mon envie de transition. Derrière cet univers fascinant, il y a aussi un immense gâchis environnemental : des fleurs coupées qui viennent du bout du monde, cultivées à grand renfort de pesticides et transportées en avion. L’alternative des productions plus locales est souvent énergivore en lumière artificielle et en chauffage. Ce décalage écologique me pesait de plus en plus.
Le point de rupture est arrivé avec le décès de mon frère, survenu à la suite d’un accident très brutal. Anéantie, j’ai cherché à comprendre l’autre côté de la vie : la mort. J’ai alors entrepris un grand voyage intérieur, nourri de lectures, de retraites bouddhistes et de camps chamaniques. Cette période, aussi douloureuse que riche spirituellement, m’a profondément transformée et m’a reconnectée à l’essentiel. »
C'est à ce moment-là que vous êtes devenue artiste botanique ?
« Le chemin s’est dessiné pas à pas. J’ai d’abord cessé mon activité de fleuriste pour me recentrer sur ma famille peu de temps avant le confinement. J’ai pris le temps de cuisiner, j’ai envisagé d’ouvrir un café-fleurs dans mon village, et j’en ai même profité pour passer mon CAP pâtissier en candidat libre. Je suis finalement retournée momentanément dans le marketing digital, mais les épreuves de la vie sont revenues sonner comme des rappels à l’ordre. Lorsque la sœur de mon mari a été emportée par une longue maladie, j’ai compris de manière viscérale que le temps nous est compté et que je faisais fausse route. J’avais en tête cette phrase qu’un chamane mongol m’avait dite : “Toi, c’est les fleurs. Il faut juste que tu changes la façon dont tu travailles avec elles.” J’ai alors démissionné pour réaligner totalement ma vie professionnelle avec mes valeurs profondes. »
Comment êtes-vous devenue artiste botanique et autrice ?
« J’ai toujours aimé dessiner. Le jour où j’ai définitivement quitté le monde de l’entreprise pour “écrire de la poésie et dessiner”, on m’a dit que j’étais courageuse de tout plaquer. En réalité, je savais que je sauvais ma peau. J’avais un besoin vital de nature, de liberté, de Beau et Bon. Quelques jours après mon départ, le destin a de nouveau frappé avec le décès de la femme de mon frère. Face à tant de destins brisés, c’est devant une feuille blanche, mes pinceaux à la main, que j’ai retrouvé la paix et le calme intérieur. J’ai d’abord peint une petite figue du jardin de mes parents. Ma maman, disparue récemment, était très fière de ce chemin et de l’amour du fait-main qu’elle m’avait transmis. Aujourd’hui, la réalisation d’une seule planche botanique me demande entre vingt et quarante heures. C’est une forme de méditation, ma manière d’honorer la vie et la mémoire de ceux qui sont partis trop tôt, qui ne peuvent plus admirer le miracle des saisons.
Ce rapport au temps lent et long, ce regard que je pose sur la nature pour l’observer dans ses moindres détails, j’ai aujourd’hui à cœur de le transmettre. J’anime des ateliers d’aquarelle botanique au Château de Voltaire, à Ferney-Voltaire, tout près de Genève. On peint dans l’Orangerie du château, à côté de la serre, un lieu symbolique car il fait résonner la célèbre formule de Voltaire qui nous rappelait qu’“il faut cultiver notre jardin”. »
Votre collection de livres BEAU & BON connaît aujourd'hui un très beau succès en France et à l'étranger. Comment est-elle née ?
« J’avais ce rêve d’écrire un livre. C’est désormais chose faite avec la collection Beau & Bon. Le premier opus, Le temps des récoltes, et le tome 2, Le temps sauvage, sont des ouvrages hybrides entre livre d’art, de cuisine et de poésie qui réunissent mes nombreuses passions : aquarelles, recettes de saison, photographies, herboristerie et fables philo-écologiques. Un peu à la manière de La Fontaine, je donne la parole au végétal pour nous parler de l’état du monde et nous inviter à la sobriété heureuse. C’est un appel à renouer humblement avec la nature. Je fais tout moi-même jusqu’au graphisme et à la mise en page. Pour conserver mon indépendance et ma liberté, j’ai créé ma propre maison d’édition et mes livres sont aujourd’hui distribués en librairies et dans les grandes enseignes en France, Suisse, Belgique, Luxembourg et au Canada. »
Comment le textile est-il entré dans votre univers ?
« C’est un héritage familial. Ma maman adorait coudre et créer de ses mains. J’ai aussi la chance de posséder d’anciens torchons issus du trousseau de la grand-mère de mon mari. Ils ont presque 100 ans et servent encore au quotidien. C’est cette qualité durable, devenue si rare aujourd’hui, que je recherchais.
Transposer mes planches botaniques sur des torchons et des tabliers est venu naturellement, car le textile prolonge l’univers de la nature dans la cuisine. On me dit parfois : “Ils sont tellement beaux, je n’ose pas m’en servir, j’ai peur de les salir !” Pour moi, les taches font partie de la vie et de l’histoire d’une famille, d’une maison. Elles sont aussi la mémoire de ceux qui nous ont quittés. De plus, les pâtissiers et les chefs travaillent traditionnellement en blanc. Le blanc du tissu, c’est aussi le prolongement du papier sur lequel je peins. »
Le « Fabriqué en France » est inscrit de manière très affirmée sur vos produits. Pourquoi ce choix ?
« C’est une valeur non négociable, l’essence même de ma marque. Mes torchons sont entièrement pensés, tissés, imprimés et confectionnés en France. Je refuse le greenwashing. Par exemple, mes cartes de papeterie sont glissées dans des pochettes compostables qui coûtent beaucoup plus cher que le plastique mais je le fais par conviction. Pour moi, tout est lié. Je crois profondément à la sobriété choisie, plutôt que la pauvreté subie qui nous attend si rien ne change comme l’explique Jean-Marc Jancovici. J’adhère au concept de “moins mais mieux”. Préférer des objets de qualité, conçus pour durer, c’est la plus belle manière de préserver les emplois locaux et notre environnement. »
Comment s'est faite votre rencontre avec Up'Textile ?
« J’ai cherché le partenaire idéal pendant très longtemps ! J’ai sélectionné Up’Textile après avoir lu le témoignage d’autres marques qui travaillaient déjà avec vous et qui étaient ravies. Dès nos premiers échanges, j’ai retrouvé la simplicité et la transparence que je recherche partout. Vous proposez des tissus naturels de haute qualité, vous utilisez des encres à base d’eau et vous maîtrisez parfaitement la traçabilité du tissage.
Au-delà de la technique, la relation humaine est essentielle pour moi. Chez Up’Textile, on ne cherche pas seulement un prix, on retrouve une équipe. Nathalie est extrêmement présente et à l’écoute, peu importe les volumes commandés. Avec Julien à la prépresse, il y a un véritable accompagnement pour optimiser le placement de mes motifs. Le fait que l’impression et la confection soient centralisées au même endroit garantit une réactivité et un contrôle qualité irréprochable. C’est un vrai dialogue de confiance, une volonté de grandir ensemble. »
Vos torchons et vos livres sont souvent choisis comme cadeau. Comment l'expliquez-vous ?
« C’est une immense fierté. Beaucoup de mes clientes achètent un torchon ou un livre pour l’offrir lorsqu’elles sont invitées, à la place du traditionnel bouquet ou d’une bouteille de vin. Offrir une de mes créations, c’est offrir un cadeau qui a du sens, qui dure dans le temps et qui transmet des valeurs de respect du vivant, tout en veillant à avoir la plus faible empreinte écologique possible. »
Et demain, comment voyez-vous la suite de l'aventure ?
« Mon entreprise grandit et arrive à un bon équilibre. J’ai la chance de ne jamais avoir le blues du dimanche soir car ce que je fais chaque jour est en parfaite adéquation avec mes convictions. J’ai plein d’idées pour l’avenir, comme le développement de thés, d’infusions ou la vente de graines de fleurs, mais le cœur de mon message restera toujours l’édition de livres poétiques et botaniques. C’est ma façon de laisser une trace positive et d’inviter chacun à reprendre humblement sa place de vivant parmi le Vivant. »
Merci à Anne pour ce partage d’une rare intensité et pour sa confiance envers notre savoir-faire vosgien. Ses torchons, tabliers et coussins portent haut les couleurs de l’art botanique français. Son deuxième livre, Beau & Bon, le temps sauvage, vient de paraître, l’occasion idéale pour des cadeaux de fin d’année porteurs de sens.
Pour découvrir son univers et vous inscrire aux prochains ateliers d’aquarelle au Château de Voltaire : anneverborg.com · Instagram @anneverborg
Vous êtes libraire, boutique ou concept store et l’univers d’Anne vous parle ? N’hésitez pas à la contacter.
Vous avez un projet textile ?
Up’Textile imprime vos motifs sur tissu dans les Vosges, sans minimum de commande, et peut confectionner vos produits dans ses ateliers.
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